par David Angeli.
Alexander Grischuk, Almira Skripchenko, Eloi Relange : quel est le point commun entre ces trois champions d'Echecs ?
Si vous avez lu le titre de l'article, vous avez sûrement deviné : tous les trois se sont mis très sérieusement au Poker, à tel point qu'ils jouent à un niveau professionnel. Et ils ne sont pas les seuls, je n'ai pris que les exemples les plus célèbres mais on ne compte plus le nombre de maîtres passant désormais moins de temps sur playchess.com que sur gagnezpleindesousaupoker.com (sérieusement : un des principaux sites de poker en ligne s'appelle winamax.com ! après on dira que le poker n'est pas racoleur...)
Il est vrai que lors d'un tournoi de poker moyen, les gains des vainqueurs comptent un certain nombre de zéros de plus que pour un tournoi d'échecs. Mais l'appât du gain est-il le seul facteur pour nos trois grands-maîtres ? Pourquoi courir après des dollars illusoires dans un jeu gouverné essentiellement par le hasard alors qu'ils ont déjà tant investi dans un jeu où les revenus, bien que plus maigres, sont bien plus stables ?
Eh bien le poker, un peu comme les échecs, souffre auprès du grand public et des néophytes d'idées reçues bien ancrées, et qui faussent considérablement son image. Bien sûr ces préjugés sont bien différents de ceux de notre jeu : on accuse souvent le poker d'être essentiellement un jeu de hasard, où le bluff, une sorte d'intimidation psychologique, est le principal moyen de faire levier sur ce hasard, et de plumer les pigeons. Ensuite, comme c'est un jeu de gangsters, si les pigeons ne peuvent pas payer on leur casse un genou, non mais ! Et la preuve que c'est un jeu de hasard : c'est un jeu qui en France est confiné aux casinos et à certains cercles de jeux.
La réalité est toute autre comme vous vous en doutez sûrement déjà, bande de petits futés !
Sans entrer dans les détails, on peut dire que si le poker en Cash Game peut effectivement se révéler dangereux, surtout en cas de problèmes d'addictions au jeu (personnellement je joue au cash game avec des amis avec 2 euros de cave ce qui limite quand même les risques !), le poker le plus en vogue actuellement est le Poker de Tournoi, où l'aspect compétition prend le pas sur l'aspect jeu d'argent.
Mais surtout, et c'est là que ça nous intéresse en tant que joueurs d'échecs, le poker est bien moins soumis au hasard qu'on ne le croit. Cette image de jeu de hasard et de bluff est héritée de l'époque du poker fermé (toutes les cartes sont cachées), qui n'est pratiquement plus joué sérieusement.
La variante de poker actuellement largement majoritaire est le Texas Hold'em no Limit car c'est une des variantes les plus riches. C'est aussi la variante où un bon joueur à le plus de chances de faire la différence par rapport à un novice.
Un chroniqueur de poker célèbre disait souvent "le poker : une minute pour l'apprendre, une vie pour le maîtriser"...ça vous rappelle quelque chose ? Du point de vue de l'expert, la simplicité qui fait croire à tant de gens qu'ils sont bons est l'aspect profitable de la beauté du jeu. Aux échecs on se rend bien vite compte de son niveau réel, en particulier en compétition : la dure réalité du classement Elo est là pour nous le rappeler. Mais au poker, sur une main, n'importe quel débutant peut battre un champion du monde. C'est ça qui fait tant rêver les novices, et qui fait qu'ils restent novices : ils ne voient que la partie émergée de l'iceberg.
Or, pour une main donnée, là où un amateur regardera surtout la valeur de ses cartes, un fort joueur considèrera beaucoup plus d'éléments. Voici une liste non exhaustive (empruntée à Dan Harrington) en ce qui concerne le poker de tournoi :
- La structure du tournoi (proportion de places payées.)
- Combien de joueurs sont à ma table ?
- Qui sont les joueurs à ma table (quel est leur style de jeu d'après mes observations) ?
- Quelle est la taille de mon tapis par rapport aux blindes (mises de départ) ?
- Quelle est la taille des autres tapis ?
- Où est ce que je me trouve assis par rapport aux joueurs agressifs ou passifs ?
- Quelles mises ont été faites avant moi ?
- Combien de joueurs actifs reste-t-il après moi ?
- Quelle est la cote du pot ?
- Quelle sera ma position à la table après le flop ?
- Quelles sont mes cartes ?
J'ai donné cette liste juste pour vous donner une idée du nombre d'éléments à prendre en compte quand on joue sérieusement au poker (ce qui n'est pas mon cas !), et je ne vous barberai pas plus longtemps en expliquant les termes techniques qui s'y trouvent, ceux qui veulent en savoir plus étant invités à se référer à l'excellent livre Harrington on Hold’em.
Les experts ne comptent donc pas sur la chance. Ils sont en guerre contre la chance, et utilisent leur talent pour la minimiser le plus possible. Et c'est en cela que le poker se rapproche des échecs.
Pour illustrer mon (long) propos sur la stratégie dans la prise de décision, je vous propose dans un prochain article d'examiner une main que j'ai jouée en tournoi et que je trouve instructive, sachant qu'une connaissance basique du jeu sera nécessaire pour pouvoir comprendre.
Juste pour vous donner un avant-goût : j'ai As-10 de même couleur, en 3ème position après le big blind sur une table de 8 joueurs, tôt dans le tournoi, avec un tapis légèrement supérieur à la moyenne. Le 2ème de parole a suivi la blind avec 20.
Qu'est-ce que je dois faire ? Vos avis en commentaires !
Blinds : 10/20
Pot : 50
SB : 1200 (10)
BB : 750 (20)
A : 1500 (off)
B : 650 suit de 20
C (moi) : 1250 ?
D : 1400
E : 1000
F : 800
La réponse et le reste de la main au prochain épisode...




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